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Réception dans les salons de la préfecture dans le cadre des commémorations de l’Armistice

 
 
Réception dans les salons de la préfecture dans le cadre des commémorations de l’Armistice

Mardi 11 novembre 2014, dans le cadre des cérémonies commémoratives de l’Armistice du 11 novembre 1918, une réception a été organisée dans les salons de la Préfecture.

Lors de son discours, le Préfet a indiqué que 6 projets gardois avaient été retenus par « la Mission du Centenaire 1914-1948 » et qu’une exposition est actuellement organisée aux Archives Départementales en partenariat avec Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre sur le thème « Nos grands-parents dans la Grande Guerre. 1914, les moissons interrompues ».

Cette réception a permis de réunir les participants de la cérémonie du souvenir notamment les autorités civiles, militaires, religieuses du département, les élus, dont Françoise Dumas, Députée, Jean-Paul Fournier, Sénateur-Maire de Nîmes, Yvan Lachaud, Président de Nîmes Métropole, les porte-drapeaux, les membres des associations d’anciens combattants, et les élèves des établissements scolaires ayant lu des textes ou lettres de poilus de la Grande Guerre.

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Intervention de M. Didier MARTIN

Préfet du Gard 

à l’occasion de la cérémonie et réception pour le Centenaire de la Première guerre mondiale

Mardi 11 novembre 2014

12h00

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Madame la Députée [Françoise DUMAS],

Monsieur le Sénateur-Maire [J-P FOURNIER],

Monsieur le Député européen [Franck PROUST],

Madame le Questeur représentant le Président du Conseil régional [Corinne GIACOMETTI],

Monsieur le Conseiller général représentant le Président du Conseil général [Bernard AUZON-CAPE],

Monsieur le Président de Nîmes Métropole [Yvan LACHAUD]

Monsieur le président du Tribunal administratif,

Madame la procureure de Nîmes,

Mon général, délégué militaire départemental,

Mesdames et messieurs les directeurs et chefs de services de l’État,

Madame la directrice départementale de l'Office national des anciens combattants et victimes de guerre,

Mesdames et Messieurs les présidents départementaux des associations d’anciens combattants,

Mesdames et Messieurs les porte drapeaux,

Mesdames et Messieurs les élus,

Mesdames et Messieurs,

Soyez les bienvenus dans ces salons d'honneur de la préfecture.

Bienvenue également aux enfants des écoles de Nîmes qui ont participé à la cérémonie de ce matin en lisant des textes très émouvants. Merci également à leurs professeurs et à leurs parents qui les accompagnent dans cette maison commune de l’Etat qu'est la préfecture.

- 1 - En France, la commémoration n’est pas un acte anodin. C’est une démarche complexe et néanmoins nécessaire.

 Elle trouve son fondement dans les grandes étapes de l’histoire du pays, et contribue à forger un récit national. L’historien Pierre NORA écrivait ainsi que « La France comme identité, ne se prépare un avenir que dans le déchiffrement de sa mémoire ».

De ce fait, le rapport des Français à leur histoire est bien souvent ambivalent, parfois même conflictuel.

Pourtant, le souvenir de la Première Guerre mondiale, fait l’unanimité.

Presque tous les Français, ont eu un membre de leur famille qui a pris un jour la route du front, et qui, bien souvent malheureusement, n’en est pas revenu.

Toutes les familles ont été marquées. Aucun département, aucune ville, aucun village ne fut épargné par les pertes et les destructions humaines et parfois matérielles engendrées par l’effroyable cataclysme.

Sur les 50 000 Gardois mobilisés, près de 13 000 n’en sont pas revenus soit plus du quart, c’est considérable. Rendons-leur hommage aujourd'hui.

 Une génération entière a été broyée, happée dans la tragique absurdité d’un événement qui a transformé le continent européen en champ de bataille du monde, et dont les bouleversements géopolitiques marquent encore profondément aujourd’hui notre espace et notre temps.

Au cours des dernières décennies, la mémoire de la « Der des ders » s’est profondément transformée. Avec le passage des générations et le décès des derniers témoins vivants des tranchés, ces « poilus » désormais tous disparus, le risque est grand que le souvenir du sacrifice de nos prédécesseurs ne s’estompe. Il est de notre devoir de perpétuer ce souvenir aujourd'hui.

Nous savons que les hommes meurent deux fois, la première au moment de leur mort, la seconde à l’instant où ils sortent de la mémoire des vivants.

 A ce titre, je ne peux que saluer le rôle essentiel joué par les associations d’anciens combattants – avec une pensée particulière pour les porte-drapeaux très mobilisés depuis tôt ce matin par les différentes cérémonies- , l’ONACOffice National des Anciens Combattants et victimes de guerres, l’Education nationale, les historiens, les archives départementales qui continuent inlassablement d’œuvrer pour transmettre aux jeunes générations la mémoire des conflits du siècle passé. Chaque année ici dans ce département le Concours national de la résistance et de la déportation connaît un grand succès.

- 2 - Dans cet esprit de transmission, j'aimerais mettre en lumière les projets honorés par la mission nationale du Centenaire de la Première Guerre Mondiale

Ces projets ont été préparés par l’ONACOffice National des Anciens Combattants et victimes de guerres, les archives départementales, des communes, des associations, et des établissements scolaires dans le cadre de l’appel à projets lancé par la mission nationale du Centenaire.

Au total, nous avons eu six projets labellisés dans le département du Gard. Trois d’entre eux concernent des collectivités.

Le projet développé par l’ONACOffice National des Anciens Combattants et victimes de guerres et la ville de Nîmes, M. le sénateur-maire, aura lieu ce soir. Il consiste notamment en la projection, sur la façade de la Maison carrée, d’images d’archives.

Le second projet est une exposition « 1914, les moissons interrompues » réalisée par les archives départementales en lien également avec l’ONACOffice National des Anciens Combattants et victimes de guerres. Je l'inaugurerais vendredi prochain avec Jean DENAT, le Président du Conseil général.

Le troisième projet a été mis en place par la ville de Pont Saint Esprit autour du patrimoine et des trois mots qui composent le nom de la commune.

Côté Education nationale, là aussi trois projets présentés par des lycées ont obtenu le label national : le lycée Alphonse Daudet de Nîmes, le lycée des métiers d’Art d’Uzès, lycée qui porte le nom de Georges GUYNEMER l’un des as de l’aviation décédé au combat, et enfin l’institution Bellevue à Alès.

Vous pourrez d’ailleurs admirer les médailles qui ont été réalisées par les jeunes lycéens autour de Georges GUYNEMER, l'effort de recherche et le travail manuel sont exceptionnels, merci à Mme la Proviseure qui est là et au Colonel Duval président du cercle d’études historiques d’Uzès qui a lancé la commande.

Pour les remercier publiquement de leur investissement et leur marquer ma reconnaissance, j’ai souhaité les associer aujourd’hui à cette manifestation dans les salons de la Préfecture.

Ces initiatives, mais aussi toutes les autres – je me réjouis du foisonnement d'expositions, de conférences, de projections de films, etc actuellement constaté dans le département  - m'inspirent deux démarches qui me paraissent nécessaires pour s'approprier pleinement ce centenaire :

- Se représenter la catastrophe

- Ne pas l'exiler dans un passé lointain mais la rapprocher de notre vie présente.

- 3 - Se représenter la catastrophe est indispensable

Nous avons tous appris dans nos livres d'histoires les chiffres macabres sur les millions de morts, d'invalides et de réfugiés. Mais sans témoignage, sans illustration concrète, ces chiffres pourraient demeurer terriblement abstraits.

L’exposition organisée aux Archives départementales qui se concentre sur le département nous donne des repères : affiches, photos, cartes, lettres pour se représenter concrètement l'événement.

A titre d'exemple, dans les premiers combats de 1914, la bataille de Dieuze en Moselle des 19 et 20 août a par exemple vu tomber 520 jeunes gardois. Leur moyenne d'âge était de 23 ans.

Autre exemple, sur les 100 officiers de la garnison de Nîmes partis sur le front, 40 sont morts, 19 ont été blessés au moins une fois et 21 faits prisonniers.

- 4 – Il s'agit aussi de ne pas exiler cet événement dans un passé lointain mais le rapprocher de notre vie

 La façon la plus évidente de rapprocher cet événement de nos vies est de se renseigner sur des parcours individuels, par exemple au sein de nos familles.

 Je voudrais vous dire quelques mots d'un parcours individuel à la fois exceptionnel et à la fois commun, celui de Lazare PONTICELLI, dernier vétéran français de la Première Guerre mondiale décédé en 2008 et qui a aussi été le doyen des Français.

 Jeune immigré italien de 17 ans, il a triché sur son âge pour s’enrôler dans l'armée française et participer à la mobilisation générale. Je vous en parle parce qu'il a été incorporé à la Légion étrangère, et qu'il s'est entraîné à Nîmes avant de rejoindre le front.

Un autre moyen de rapprocher cet événement de nos vies, est de le regarder par le prisme de nos activités. Je me suis donc demandé ce qu'avaient fait mes prédécesseurs de cette époque à la préfecture du Gard pendant cette guerre.

Il y avait les conseils de révision : tous les jeunes gens en âge d'être mobilisés passaient devant ce conseil présidé par le préfet, qui comptait des médecins et des officiers militaires, afin de les déclarer aptes ou inaptes au service armé.

Les préfets ont aussi dû gérer l'afflux de blessés et de réfugiés dans le département. 17 000 réfugiés en provenance du Nord et de l'Est du pays ont par exemple été accueillis dans le Gard.

Les préfets avaient également la charge d'affecter ces réfugiés dans les usines, comme main d’œuvre de remplacement. Ils y cotoyaient les femmes qui avaient souvent pris dans les usines ou dans les champs le relais de leur mari, de leur père, de leur fils, de leur frère, partis au front.

Qualifié de « département de l'arrière », le Gard a contribué activement à l'effort de guerre : sa production de charbon a doublé, les forges de Tamaris et l'industrie métallurgique d'Alès tournaient à plein régime.

Je ne veux pas être plus long, mais je vous encourage tous à aller voir cette passionnante exposition aux Archives départementales, qui vous aidera comme moi à mieux vous approprier cette page de notre histoire.

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Pour conclure, je voudrai rappeler le sens du message que j'ai lu ce matin au nom du secrétaire d'Etat chargé des anciens combattants et de la mémoire. 

« Cette journée du 11 novembre est dédiée à la fraternité entre les peuples et à la paix.

Elle invite à la réflexion que chacun d'entre nous doit conduire sur la nécessité de préserver la paix, de défendre les fondements de notre République et de l'Europe et de garantir la place de la France dans le monde. »

Cette réflexion nous la devons notamment aux soldats, certains sont Gardois, qui défendent actuellement la France et ses valeurs aux quatre coins du monde, en particulier en Afrique sahélienne et au Proche-Orient.

Je vous remercie de votre attention.

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